Une zone monétaire optimale nécessite une langue partagée et connue de tous

Étudiant à Sciences Po Lyon en 3e année. Membre fondateur d'Europa Lingua. En faveur d'une Europe fédérale. Convaincu qu'une langue européenne commune peut relancer le projet européen, actuellement décevant.
Une zone monétaire optimale nécessite une langue partagée et connue de tous Posted on 11 June, 2018Leave a comment
Étudiant à Sciences Po Lyon en 3e année. Membre fondateur d'Europa Lingua. En faveur d'une Europe fédérale. Convaincu qu'une langue européenne commune peut relancer le projet européen, actuellement décevant.

L’Union Européenne a en son sein, une zone dans laquelle différents pays possèdent une monnaie commune : c’est la zone euro. Les zones géographiques qui adoptent une monnaie commune comme l’euro ont été longuement étudiées par un économiste canadien du nom de Robert Mundell, prix Nobel d’économie en 1999 pour son analyse des zones monétaires optimales. Selon Mundell, le concept de zone monétaire optimale consiste à décrire les conditions favorables à l’adoption d’une monnaie commune dans une zone géographique précise. On cherche donc ici à définir les critères qui permettraient d’obtenir une zone “optimale”, où le calcul coût-avantage serait favorable pour adopter une monnaie commune. Parmi ces critères, on retrouve notamment la flexibilité des prix et des salaires, l’intégration commerciale et économique ou encore le degré de diversification. Mais celui qui nous intéresse ici, à Europa Lingua, est le critère de la mobilité des facteurs de production.

 

En effet, dans l’Union Européenne actuelle, les capitaux et les travailleurs sont libres de circuler entre les pays, comme l’illustre par exemple l’espace Schengen. Mais en réalité, la mobilité de la main d’oeuvre reste très limitée. Le prix Nobel d’économie 2008 Paul Krugman explique qu’aux Etats-Unis notamment, bien que les conditions socio-économiques des Etats soient très différentes (entre l’Alaska, la Floride ou le Texas par exemple), les travailleurs peuvent circuler de l’un à l’autre librement et facilement. Dès lors, les situations de choc dans un des États et de boom économique dans un autre sont moins problématiques. En effet, les Américains peuvent se déplacer vers le lieu où se trouvent les emplois. La raison ? Ils parlent tous anglais. Ils peuvent tous circuler sans peur car les habitants des tous les États parlent la même langue. Ils ont ainsi un accès égalitaire au travail, et peuvent s’intégrer à leur nouveau milieu relativement facilement.

 

A la différence des États-Unis, Krugman explique que les disparités culturelles mais surtout linguistiques que connaît l’Europe maintiennent le taux de migration des travailleurs à un niveau très bas. Quand bien même un des pays européens serait en crise et un autre en situation de boom économique, la main d’oeuvre nationale reste très largement à l’intérieur de ses frontières. Cela s’explique par le fait que si un Allemand souhaite travailler en Pologne par exemple, il aurait moins de chance d’obtenir un emploi qu’un Polonais, car il ne parle pas la langue du pays. De plus, il ne pourrait pas aussi bien s’intégrer à son milieu que le ferait un Polonais, puisqu’il ne pourrait pas échanger naturellement et aisément avec ceux qui l’entourent. Ces différences linguistiques constituent entre autres la raison pour laquelle Krugman comme nombre de ses confrères américains se sont montrés très sceptiques à l’égard de l’instauration de l’euro.

 

L’existence d’une langue commune est donc un critère essentiel à la réalisation d’une zone monétaire optimale. Dès lors, après avoir adopté une monnaie commune, la zone euro se doit d’adopter une langue commune pour optimiser son fonctionnement. C’est ce que nous proposons à Europa Lingua.

 

Bibliographie

 

OTT, Anne-Christelle et Benjamin VIGNOLLES. Qu’est-ce qu’une zone monétaire optimale?. Regards croisés sur l’économie, 2012, n°11, p.31-32.

DANIEL, Jean-Marc. “Robert Mundell et la zone monétaire optimale”. Le Monde Economie [en ligne], 2007. https://www.lemonde.fr/economie/article/2007/02/01/robert-mundell-et-la-zone-monetaire-optimale_652784_3234.html [04/06/18]

KRUGMAN, Paul. Sortez nous de cette crise… maintenant ! Flammarion, 2012, 284p.

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Étudiant à Sciences Po Lyon en 3e année. Membre fondateur d'Europa Lingua. En faveur d'une Europe fédérale. Convaincu qu'une langue européenne commune peut relancer le projet européen, actuellement décevant.

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