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Étude des politiques linguistiques en Europe (commentaire du Rapport Grin)

Étude des politiques linguistiques en Europe (commentaire du Rapport Grin) Posted on 12 June, 2018Leave a comment

Le rapport Grin, produit en 2005 par l’économiste François Grin pour le Haut conseil à l’évaluation de l’école, est un compte rendu des politiques d’enseignement des langues en Europe. Il traite des questions : « quelles langues étrangères enseigner, pour quelles raisons, et compte tenu de quel contexte ? », et évalue ainsi dans le détail ces politiques selon leurs impacts économiques, politiques et culturels.

Le rapport imagine trois scénarii de politiques linguistiques pour l’Europe : le premier étant celui du « tout à l’anglais » vers lequel nous nous dirigeons vraisemblablement, le deuxième est celui du plurilinguisme qui, en façade, est promu par l’Union Européenne, et le dernier est celui de l’adoption de l’espéranto.

Dans le premier scénario, le rapport met en avant que l’hégémonie de l’anglais en Europe apporte à la Grande Bretagne un avantage considérable, et ce pour trois raisons principales :

–        « L’apprentissage d’une langue est coûteux en temps et en argent, aussi bien du point de vue des individus apprenants que de celui de la société ;

–        Les compétences linguistiques des agents, par contre, leur permettent d’être plus productifs : elles donnent donc naissance à des bénéfices, pour les individus comme pour la société ;

–        Les individus aussi bien que la société seront donc amenés à investir dans l’acquisition des compétences en langues étrangères, pour autant que le rapport entre les bénéfices et les coûts soit assez élevé par rapport à celui d’autre investissements possibles. »

François Grin estime que cet avantage rapporte à la Grande Bretagne plus de 15 milliards d’euros par an, que ce soit à travers de l’économie des couts de traduction, de l’économie d’enseignement de langues et des bénéfices que l’anglais apporte dans le monde de l’entreprise. Cette situation est donc totalement inégalitaire (à l’aune du Brexit, une hégémonie de l’anglais semble d’autant plus injustifiée).

Source : Rapport Grin, 2005.

Le deuxième scénario, le plurilinguisme, suppose que la communication dans les institutions et entre les citoyens européens s’effectue dans plusieurs langues. François Grin parle d’un environnement plurilingue effectif, qui se distingue de celui promu par l’UE, qui est purement théorique et en pratique n’est pas appliqué. Le plurilinguisme envisagé implique que certaines langues soient mises en avant, amenant à une forme d’oligarchie de quelques langues en Europe. Dans ce scénario, tout citoyen européen apprend deux langues en plus de sa langue maternelle, avec une langue de la « troïka » anglais, français, allemand et une langue moins parlée. Ce scénario permettrait de préserver une forme de diversité culturelle en Europe, mais n’est pas égalitaire entre les langues et en pratique requiert un investissement considérable dans l’apprentissage. De plus, la traduction est toujours nécessaire pour pallier les manquements dans l’apprentissage des langues.

Enfin le dernier scénario envisagé et recommandé par le rapport est l’implémentation de l’espéranto comme langue de communication européenne. Dans cette optique, l’espéranto ne remplace pas les langues nationales et serait une LV2 obligatoire dans tous les pays de l’Union Européenne. Ce scénario est privilégié car il est tout d’abord le plus égalitaire; en effet aucun pays ne bénéficie d’avantages grâce à sa langue. Ainsi, étant « la langue de personne », elle devient « (…) de ce fait, aisément langue de tout le monde ». De plus l’espéranto est une langue construite simple à apprendre, le rapport cite une étude d’Otto Haszpra qui estime qu’il faut 150 heures pour pouvoir parler couramment l’esperanto contre 1500 heures pour l’anglais, 1800 pour le français ou encore 2000 heures pour l’allemand. Ainsi la formation des professeurs est facilitée et requiert un investissement minime.

Pour François Grin, le principal travail serait de changer les mentalités, impliquant une campagne d’information considérable afin de pouvoir implémenter l’espéranto comme langue européenne.

Commentaire

Ce rapport est particulièrement intéressant car il met en avant les effets pervers de l’hégémonie de l’anglais, et souligne les avantages d’une langue commune en Europe. Malgré tout, notre conviction est que l’espéranto n’est pas la solution.

En effet cette langue présente des avantages certains qui sont présentés dans ce rapport, notamment sa facilité d’apprentissage. De plus, l’argument qui fait de l’espéranto la langue de personne et donc la langue de tous est particulièrement séduisant.

Certes, mais nous ne voulons pas d’une « langue de personne », nous voulons une langue de l’Europe. Un des facteurs de l’échec de l’esperanto est qu’il n’est attaché à aucune culture, et ne se base sur aucune institution. Nous avons la chance en Europe de partager une histoire commune extrêmement riche, et de posséder des institutions solides sur lesquelles il serait dommage de ne pas s’appuyer. Enfin l’espéranto est une langue trop théorique, voire même anarchique dans sa structure (il suffit de regarder le système des accents), et n’est pas égalitaire entre les genres.

Le projet d’Europa Lingua a pour vocation de promouvoir une langue européenne commune mais pas unique, égalitaire et qui se base sur un héritage culturel fort. À l’instar de l’Interlingue (ou Occidental), une langue crée par Edgar De Wahl en 1922, l’europeo adopte une structure simple basée sur les langues qui ont fait l’Histoire de l’Europe (le grec, le latin, les langues germaniques…).

Pour reprendre l’argument de François Grin, le principal travail à effectuer pour implanter une langue européenne est de changer les mentalités. Nombreux sont ceux qui balayent l’idée d’une langue commune en Europe avec des arguments plus ou moins simplistes. Le travail du think tank Europea Lingua est de changer ces mentalités, à travers le débat et la production de nouvelles idées.

Rapport Grin

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